Sur la peau du ciel · #36/52
Un ancien astronaute doit répondre à la police. Que faisait-il à bord d'un aéronef inconnu, sans autorisation de vol ?
Les mains croisées, Gordon pensait à ses filles.
Deux bracelets argentés brillaient à ses poignets, un détail qui n’en était pas un, et qui n’échappait pas aux curieux de l’autre côté de la vitre, ces flics qui faisaient vibrer le store du bureau de leur collègue en se bousculant pour jeter un œil entre les lattes.
— C’est lui, je te dis !
— C’est l’astronaute !
— Tu crois qu’on pourra faire une photo ?
Pouvaient-ils être à ce point ignorants de la piètre insonorisation de leurs propres bureaux ?
Gordon gardait la tête vers le bas, n’apercevant le flou de leurs mouvements qu’en périphérie de son regard.
Peut-être était-ce une stratégie ? Essayaient-ils de faire de sa célébrité un instrument dérangeant, destiné à le mettre mal à l’aise ? Les disputes, de l’autre côté de la vitre, ne laissaient rien sembler d’aussi élaboré.
Se redressant légèrement, Gordon croisa une paire d’yeux qui, surpris, disparurent aussitôt d’entre deux lattes de store, qui reprirent leur linéarité dans un claquement. C’est à ce moment que, dans un grand mouvement fluide, celle qui avait commencé à l’interroger réapparut, portant d’une main un de ces morceaux rectangulaires de carton qui vous permettent de transporter deux gobelets de café à la fois.
Elle ne dit rien, ne sourit pas, s’assit face à Gordon en posant entre eux son carton. Son badge plastifié s’agitait sur sa poitrine quand elle s’assit. Une photo y figurait, une photo de flic, celle-là même que Gordon avait face à lui, antipathique, sans sourire.
— Je ne boirai pas une goutte de cette boisson, vous savez ? dit-il en désignant, des deux mains à la fois, les deux disques noirs qui oscillaient en reflétant la lumière du plafond.
— Vous n’aimez pas le café ?
— Si, justement.
Le bruit d’un front qu’on cogne contre une vitre fit sursauter la policière. Elle foudroya la vitre de son bureau du regard, et presque instantanément, le bruit diminua, de même que l’agitation extérieure.
— Pardonnez mes collègues, dit-elle, et à son attitude Gordon imagina l’entendre ajouter “ces abrutis…”.
L’astronaute haussa les épaules.
— Qu’est-ce que je peux faire pour vous, lieutenant ?
La question hérissa le poil de la flic.
— Qu’est-ce que…
Elle tapa du plat de la main sur son bureau.
— Écoutez, mon vieux. Vous êtes ici et pas en salle d’interrogatoire uniquement parce que vous êtes un privilégié. Ayez la décence de ne pas vous foutre de ma gueule.
— Je commence à me demander si je ne suis pas ici pour servir d’appât à la bande de singes de l’autre côté du carreau. Et que ma présence s’ébruite.
Une sonnerie de téléphone interrompit la course des éclairs lancés par leurs regards, de part et d’autre du bureau.
L’inspectrice recula, décrocha le combiné, démêla le cordon pour le porter à son oreille.
— Beth, dit-elle sobrement.
Une voix étouffée, indéchiffrable, atteignit Gordon.
— Oui, il est là, dit encore la policière.
Au terme d’un débit de syllabes incompréhensibles, deux mots surgirent soudain, deux mots qui figèrent le regard de l’inspectrice sur l’astronaute et se détachèrent distinctement du reste. Gordon les entendit, clairs comme deux phares dans la nuit :
— Gardez-le.
L’inspectrice Beth raccrocha sèchement, se baissa pour récupérer, de sous son bureau, une machine à écrire. Elle la posa sur le sous-main et afficha à Gordon un grand sourire. Le sourire de quelqu’un qui maîtrise totalement une situation.
— Commençons.
Gordon tirait vers lui les commandes, aussi fort qu’il le pouvait. Face à lui, les instruments de mesure les plus sensibles bipaient, clignotaient pour alerter le pilote. Les aiguilles battaient dans les compteurs tandis que le nez de l’aéronef s’élevait inexorablement vers le ciel.
Coup d’œil à l’altimètre, à ses chiffres qui défilaient.
Bientôt, se dit Gordon, bientôt nous y serons.
Quand l’astronaute traversa les nuages, il se revit enfant, courant dans le jardin entre les voiles des draps qui séchaient au soleil. Ici, il faisait froid, cependant. Quand le coton s’écarta enfin, les vitres se couvrirent de cristaux de glace.
L’ascension n’en finissait pas, Gordon avançait, plus haut, encore plus haut, encore et encore et encore plus haut. Tout le véhicule vibrait, secoué par le mouvement de l’air et le tumulte invisible qui l’entourait.
La radio crachotait par moments, captant sans doute des interrogations, des sommations. Elles venaient, bavaient dans le récepteur puis s’en allaient, hors de portée.
Pas un degré de température supplémentaire ne suivit le vaisseau de Gordon. Pas une onde n’aborda son fuselage pour donner en retour la trace de son passage. Gordon était indétectable, un triangle dans le ciel que seul un œil pouvait croiser, avant que les paupières de l’observateur ne clignent et que le véhicule ait déjà disparu, plus haut.
Quand Gordon arrêta de monter, qu’il se stabilisa, il se sentit léger, soustrait à la force qui lui avait permis l’ascension.
L’altimètre affichait soixante kilomètres. Au-dessus de lui, Gordon voyait le noir de l’espace qui n’était pas encore là. En dessous, la Terre et sa courbe, l’épaisseur bleue des couches les plus basses de l’atmosphère.
Dans la mésosphère, Gordon rampait, se dit-il, comme un insecte sur la peau du ciel.
Gordon finit par avoir si soif qu’il envisagea presque d’avaler l’eau noire que l’inspectrice Beth lui avait tendue. Heureusement, ses entraînements, les guerres qu’il avait menées, les missions qu’il avait fait aboutir avaient fait de lui un être résistant, un roc. Manquer d’eau ne le perturberait pas plus que ça, pas avec un tel enjeu à la clé. Il ne montrerait aucune faiblesse.
Face à lui, Beth avait chaussé ses lunettes et enfonçait lourdement les doigts sur les touches de la machine à écrire, dont les tiges métalliques battaient le papier au fil de la frappe. L’astronaute se demandait ce qu’elle pouvait bien écrire de si long, à propos de lui qui ne disait rien.
— Vous voliez sans autorisation, à bord d’un appareil militaire modifié, lui dit-elle.
— Un ancien appareil militaire, corrigea-t-il aussitôt.
— Et d’où venait-il ?
— J’ai mes sources. C’est un marché très niche, vous savez.
— Reste que vous n’aviez pas d’autorisation.
— J’ai modifié cet avion sur mon temps personnel, en privé. Il a été déclassé. Je n’ai rien fait de mal.
— Je vous parle du vol, pas de votre hobby ! s’emporta-t-elle. Où alliez-vous ?
— Je faisais juste un petit tour de reconnaissance. J’ai tant volé que j’en ai oublié ces histoires d’autorisation…
— À d’autres !
La policière se pencha par-dessus la machine à écrire, et le toisa par-dessus ses lunettes.
— Vous ne me ferez pas croire une seule seconde que quelqu’un d’aussi méticuleux que vous, d’aussi informé sur les règlementations a pu oublier qu’il avait besoin d’une autorisation de vol.
— Je crains, dit Gordon, sans afficher la moindre émotion, qu’il faille pourtant vous contenter de cette seule réponse.
On frappa à la porte. L’auteur des coups se permit d’entrer sans attendre de réponse. À l’absence de réaction de Beth, Gordon conclut qu’il devait être au moins aussi gradé qu’elle, bien qu’habillé en civil. N’importe lequel des singes d’à côté se serait pris un café froid sur le museau, à dix mètres par seconde.
L’arrivant claqua une enveloppe en papier kraft sur le bureau, à côté de la machine à écrire.
— Le labo a développé ça, dit-il avant de disparaître sans un mot de plus.
Juste avant de fermer la porte, le policier jeta un dernier regard en direction de Gordon, qui s’en rendit compte. L’astronaute reconnut dans ses yeux l’interrogation de quelqu’un qui se demande si la personne d’en face est bien celle qu’il croit, qu’il a déjà vu quelque part.
Oui, c’était lui. Et c’était lui aussi, sur les photographies en noir et blanc que Beth venait de sortir de l’enveloppe. Son appareil, en tout cas. Une silhouette plate et triangulaire, presque invisible, floue. Une tache sombre dans un ciel sombre, un agglomérat de grain sur le grain, juste trop géométrique. Le vaisseau pointait vers le haut, sur la photo.
Le téléphone sonna à côté de l’inspectrice. Sans quitter Gordon des yeux, elle tendit le bras, décrocha et raccrocha immédiatement, juste pour interrompre la sonnerie qui s’évanouit dans la pièce. Puis elle observa encore les photos, l’attention attirée par le décalage qu’elle percevait entre l’engin qu’elle voyait, sa forme, son camouflage, et la technique analogique qu’il avait fallu déployer pour parvenir à le photographier.
— Il va falloir que vous me parliez des technologies que vous employez, dit-elle. J’ai beau ne pas être aviatrice… je pense que notre propre armée ne dispose pas d’appareils si sophistiqués.
Gordon voguait maintenant trop haut pour les avions, trop bas pour les satellites. Dans cette épaisseur de trente kilomètres, il n’était concerné par les réglementations ni des premiers, ni des seconds. Seuls se promenaient ici quelques rares ballons météorologiques, ou du moins, c’était ce que pensaient la plupart des gens.
Sur quelques dizaines de kilomètres, Gordon croisa d’abord un dirigeable, qui parachuterait sans doute une marchandise quelconque vers les États-Unis, puis trois autres, plus petits, plus artisanaux, qui abritaient sans doute quelques ingénieux personnages, déterminés à vivre hors la loi, comme jadis en mer, dans les eaux internationales.
Peu importait à l’astronaute. Ici, personne ne posait de questions. Chacun traçait sa route, menait son combat, réparait ses injustices.
Le soleil avait disparu derrière la courbure de l’horizon, et Gordon volait depuis une bonne heure, quand sa course perdit de sa tranquillité. L’appareil commençait à tanguer dangereusement, secoué par une marée atmosphérique. Pire encore que pendant l’ascension, le voyage se transforma en lutte. L’aéronef, soufflé par le vent, usait de toute sa flexibilité pour ne pas se briser. Gordon imagina un instant une brèche fendre le cockpit, et la température extérieure le geler jusqu’aux os, le paralyser, le faire assister à sa propre chute, lente et douloureuse depuis la mésosphère.
Gordon se reprit, ne flancha pas. La marée cessa bientôt de battre l’appareil, repartit comme elle était venue, abandonnant l’astronaute au calme de l’altitude.
Les coordonnées étaient bonnes. Il ne restait plus à Gordon que quelques minutes avant d’atteindre son objectif.
Le ciel s’illumina lorsqu’il la vit, avec ses différents modules reliés par câbles souples, chacun suspendu à des hélices ou à un ballon. La silhouette de la station évoluait au fil du temps, s’accommodant des mouvements du vent. Loin d’être inerte, elle se mouvait comme un être vivant. Une créature étrangère au ciel, dans le ciel. Mais contrairement à Gordon et à son appareil, cette créature-ci resterait là. Elle n’atterrirait pas. Pas tout de suite, peut-être jamais.
L’astronaute approcha de la gigantesque station, la survola une première fois pour repérer la longue piste sur laquelle il lui était possible d’atterrir.
Le soleil, déjà loin, éclairait la glace des nuages pour en faire des tapis luminescents. Les courbes étirées, teintées de rose, faisaient ressortir la station comme encore plus anormale.
Gordon se tint prêt à atterrir, alluma l’appareil qui lui ferait rejoindre le réseau maillé de communication. Bientôt souffleraient dans ses haut-parleurs quelques instructions, dans plusieurs langues. Il descendrait calmement, se poserait, enfilerait son casque et affronterait le froid glacial dans sa combinaison digne des sorties extravéhiculaires qu’il avait connues, deux-cents kilomètres plus haut.
— Que faisiez-vous, là-haut ?
L’inspectrice Beth insistait, photos à l’appui. Elle avait beau insister, elle n’avait aucune autorité sur ce qui se passait à cette altitude, et personne n’était en mesure de la lui confier.
La seule chose que craignait Gordon, c’était de voir débarquer dans la mésosphère des appareils de l’armée, qui trouveraient la station et tenteraient de s’en approcher. C’était pour cela qu’il se faisait le plus discret possible lors de ses ascensions, d’habitude. Une erreur pouvait tout faire rater. Heureusement, la position de la station n’était pas fixe, elle bougeait avec tous ses modules au fil du temps, de façon presque arbitraire. Que les militaires retournent là où ils auraient observé quelque chose, et ils ne trouveraient plus rien. On parlerait d’OVNI, à juste titre, et on oublierait l’affaire.
En attendant de pouvoir sortir de là, Gordon devait gérer l’insistance de la policière.
— Vous savez très bien que je ne vais rien dire. Pourquoi continuer ? Mon avocat sera là d’une minute à l’autre. Je règlerai le problème de l’autorisation de vol. Et on en restera là.
— Je ne…
— Vous savez que j’ai raison, inspectrice.
Il y avait, dans son regard, les traces d’une envie que Gordon ne parvenait pas à comprendre.
La policière se leva après un moment de silence, avança jusqu’à la porte de son bureau et la ferma d’un tour de clé. Puis elle revint à sa place, ouvrit un tiroir, et en sortit une pochette de documents. Elle tourna le dos à la vitre, de façon à bloquer la vue de son corps, se rapprochant de Gordon pour lui tendre la pochette.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.
— Ouvrez.
L’astronaute hésita, puis s’exécuta.
Il y avait, dans le dossier en papier, une série de photos imprimées. Prises au flash, elles détachaient les sujets d’un arrière-plan souvent trop sombre.
Gordon reconnut des bureaux, avec des tables, des sièges, des tableaux blancs pour séparer les espaces de travail. Sur les plateaux étaient posés des écrans, fins comme des assiettes, reliés par quelques fils à des machines rectangulaires posées juste à côté. Leur écran noir et sale portait la tache blanche du flash à leur surface.
Des photos pareilles, il y en avait une vingtaine. Des machines, des câbles, d’autres machines, ou ce qu’on trouvait à l’intérieur, ces cartes vertes couvertes de petits éléments et de marquages incompréhensibles.
— Où avez-vous trouvé ça ? demanda Gordon.
Beth reprit les photos et les replaça dans la pochette, qu’elle rangea dans son tiroir. Elle retrouva sa place face à l’astronaute, et lui apporta enfin une réponse :
— Dans un bâtiment, pas loin de chez moi. Disparu il y a des années maintenant. Démoli.
— Attendez, vous avez pris ces photos vous-même ?
— La police prend des tas de photos, qu’est-ce qui vous étonne ?
Gordon n’était pas dupe.
— Si vous aviez pris ça en service, soit on en aurait entendu parler dans le journal, soit vous ne me l’auriez jamais montré. Vous vous baladez donc la nuit dans des immeubles à l’abandon et y prenez des photos, ce qui est interdit, il me semble…
— Chacun ses hobbys, répondit l’inspectrice.
Elle jeta un œil en direction de la vitre, derrière laquelle les stores étaient restés immobiles depuis un moment, puis revint à Gordon.
— Ces machines, sur les photos… commença-t-elle. Elles datent d’avant internet.
Il fallut à Gordon beaucoup de maîtrise pour ne pas laisser voir l’émotion qui le traversa en entendant ce nom.
— Internet n’est pas un moment, corrigea-t-il. C’est une période. Mais oui, ce que vous me montrez, ces appareils… datent d’avant la fin d’internet. D’avant le Débranchement.
La glace s’étendait comme un lichen sur la visière de Gordon. Le vent était terriblement fort sur la piste de la station, aussi fut-il rassuré de parvenir à pénétrer dans le sas d’un module.
Derrière une lentille noire, une machine déchiffrait les traits de son visage, tandis qu’il enlevait son casque et sa combinaison. Une fois identifié, la machine ouvrit la porte coulissante, et Gordon put entrer à l’intérieur.
Ce module gigantesque était haut comme un bâtiment de plusieurs étages. Ses murs étaient couverts d’étagères en métal, dont chaque planche disposait d’un petit rebord empêchant ce qu’on y plaçait de tomber, pendant les secousses et les marées atmosphériques.
Deux personnes étaient là, un peu plus loin. L’une était accrochée à une échelle, cherchant sans doute une pièce d’archive. L’autre était installée à un bureau, où un petit terminal lui permettait de consulter un document.
— Ça fait longtemps !
Une dame venait de faire son apparition. Assez âgée, droite comme un i, un accent indéfinissable. Elle voulait qu’on l’appelle Rose, mais Gordon en était convaincu, ce n’était pas son vrai prénom. Peu importait. Rose était une alliée, et quelle qu’ait été sa carrière, elle restait désormais ici en permanence, à gérer et à classer les ressources qu’on lui apportait.
— J’ai ramené quelque chose d’intéressant, lui dit Gordon en sortant une petite pièce de sa poche, plate, longue comme un doigt. Estimé à 2100, peut-être 2120.
— 2120 ? demanda-t-elle en triturant la clé entre ses doigts. C’est assez rare. Ça parle de quoi ?
— Un peu tout…
Rose glissa l’objet dans l’intérieur de sa veste, et donna à Gordon une tape rassurante sur le bras.
— Allons, il n’y a pas à vous en vouloir. Tout ce qu’on peut amasser est bon à prendre. Cela a beau sembler insignifiant, cela reste une pièce du puzzle.
Un sacré puzzle. Les connaissances, toutes les connaissances. Toutes celles qui s’étaient vues contaminées par de fausses informations, il y a bien longtemps. Des connaissances exactes ou inexactes, mais produites par des humains. Pas des élucubrations de machines, pas des mots construits à partir de mots construits par d’autres machines. Des connaissances intactes.
Le vent souffla si fort que les murs de la bibliothèque tremblèrent.
- Pourquoi n’avez-vous pas bâti cette salle d’archives sur Terre ? avait un jour demandé Gordon à Rose, il y a bien longtemps de cela.
— Les eaux internationales n’existent plus, lui avait-elle répondu.
— Et les pôles ?
— Celui qui a fondu, ou qu’on fore et qu’on mine à tout va ?
Rose était déjà loin, partie analyser sur un terminal le contenu de la clé de Gordon. Une machine trierait les informations, et la boucle paradoxale de l’interaction homme-machine serait ainsi bouclée.
Un sacré puzzle, se dit encore l’astronaute en se demandant où et quand il trouverait une nouvelle pièce.
Il y avait quelque chose de nouveau dans le regard de l’inspectrice. Elle voyait en Gordon la source possible de réponses à des questions qu’elle s’était toujours posées.
Gordon ouvrit la bouche, ne sachant pas encore ce qu’il allait dire. Des coups à la porte l’interrompirent. La poignée tourna sur elle-même, la porte était toujours verrouillée.
Beth se leva, corrigea la situation. Un homme en costume entra dans la pièce, manteau sur le bras.
— Merci de détacher mon client, inspectrice, dit l’avocat. Monsieur le juge est un bon ami et admirateur de Monsieur Ramirez. Il a suivi toutes ses missions.
Elle s’exécuta sans remontrance.
— Vous savez ce qu’il y avait avant ? Comment ça s’est fini ?
— Je ne sais pas de quoi elle parle, s’interposa l’avocat, mais vous n’êtes pas obligé de répondre.
— J’en sais assez, se contenta de répondre Gordon, tout en se massant les poignets.
— Ça a avoir avec… votre vol ?
L’astronaute ne répondit pas. Il suivit son avocat jusqu’à la porte, puis, avant de disparaître, se retourna vers Beth :
— Un jour, j’aurai besoin de ces photos, inspectrice. Ce serait très gentil de me les donner.



